23.04.2007

La frontera

Il y avait une frontière à ne pas franchir. Ordinairement je les méprise, ces lignes imaginaires, mais celle-ci, ah celle-ci, elle avait le visage d'un père qui n'aurait pas été absent, d'un homme qui n'aurait jamais fait.

Mais. 

Avec ma Fluffy nous buvions du café au lait, en écoutant des chants mexicains qui me disaient "la frontera, la frontera..."
Je me refaisais les os, je me remplissais les joues, en me disant "la frontera, la frontera".

Les mois qui ont suivi, l'hiver est tombé et j'ai choisi de ne pas l'affronter. Je me suis enfermée en ignorant les petites flammes qui me léchaient doucement le cou, la nuque, les mains. Les bras qui voulaient me réchauffer.
Je me suis allongée nue sur le carrelage glacé, et j'ai attendu que ça passe.

Plus tard encore, j'ai entendu ces mots "la frontera, la frontera..." Je sais ce que je fais, dit alors celle qui était moi à l'époque.

Ma Fluffy je voudrais tellement, tellement être encore sur ces marches de pierre avec ton sourire et le mien dans un bol de café au lait fumant, tes doigts sur ma nuque. Peut-être que si c'était de ta bouche qu'étaient sortis ces mots "la frontera, la frontera", peut-être alors me serais-je inclinée devant cette ligne imaginaire avec humilité.  

 

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