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18.08.2007

3 septembre 2007

"Cinéma, radio, presse apportent le monde en images, musique, phrases. Ils sont la pâture constante de la puissance imaginaire des enfants. Comment peut on s'étonner que ces derniers veuillent être tout de suite de plein pied, debout dans ce monde que, par une illusion d'optique quotidiennement entretenue, ils voient à leur fenêtre?

Conseils, menaces, contraintes et promesses sont d'un temps révolu. L'enfant d'aujourd'hui « connait » le monde, celui des solitudes glacées, des grands hôtels, de l'Equateur et des bistrots louches. Il croit le connaître, il croit les images. Il répugne aux livres. Il est dégoûté de la monotonie quotidienne et tâtillonne de la vie familiale. Les évasions viennent au-devant de lui.

Désastre ? Désastre collectif si l'adulte persiste à maintenir I'enfant les mains derrière le dos. L'enfant se retourne et mord, saute par la fenêtre et tombe car le monde mille fois vu qu'il croyait prêt à le recevoir n'est que reflets et mirage. S'il existe, c'est beaucoup plus loin. On peut le rejoindre un pas après l'autre. Mais l'enfant de cinéma, de radio, d'héliogravure ne sait pas marcher.

Blessé, il retourne à l'obligatoire existence. Blessé, il prépare le prochain saut de sa fenêtre au monde des images, et puisqu'il faut de l'argent, il en « trouvera ». Ou bien il renonce, dégoûté pour toujours de savoir qu'il y a sur terre deux mondes voisins et pourtant aussi éloignés que la terre et la lune: celui où la vie est atrocement quotidienne et celui des espaces pittoresques, des rencontres imprévues où les gestes spontanés ne sont pas freinés par une atmosphère épaisse de nécessités.

Enfants prêts au crime, enfants ratatinés d'avance... Il serait peut être temps de repenser l'éducation en fonction de notre monde à plusieurs profondeurs."

 

Fernand Deligny  

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