15.05.2007

Le commencement

(de Sébastien Joanniez)

 

La lune se réveille la nuit,

le soleil se lève le jour,

mon coeur est à gauche dans ma poitrine,

mes pieds sont en bas, 

ma tête en haut,

mes cheveux poussent tout le temps,

les arbres et les fleurs vivent,

le ciel me tombera jamais sur la tête,

la pluie mouille,

la neige est froide,

la Terre est ronde,

l'air dans mes poumons me fait respirer,

je vais mourir un jour ou l'autre,

mon père est un homme,

ma mère est une femme,

j'aime mon père et ma mère,

ils m'aiment,

l'amour est une chose difficile,

si je lâche un objet il se retrouve par terre,

si je reste trop longtemps dans l'eau chaude mes mains sont toutes ridées,

si je me coupe le sang coule,

si je ris je suis heureux,

si je mange pas je meurs,

si je bois pas pareil,

si je ferme les yeux le monde existe toujours,

la Terre tourne sur elle-même,

le jour en vingt-quatre heures,

l'heure en soixante minutes,

le temps passe vers l'avant,

mes souvenirs vont en arrière,

mon corps est à moi,

I love you c'est je t'aime en anglais,

 

Je peux être certain de ces choses.

 

Ca m'aide à avoir un peu de certitude, ça me fait un début à tout.  

07.05.2007

Pansements

 
 
 
 
podcast
 
 
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...

Je suis assise sur mon mur de briques préferé.

Ils ont dit : l'important, c'est de sauver sa peau. On va fermer nos fenêtres, nos portes, nos yeux, et dormir dans des draps propres.

Elle a dit : allez tous vous faire foutre, il n'est plus question d'amitié, trahison! trahison!

Je me frotte les yeux, je secoue la tête, me voilà bien avancée. 

Je crois que je vais rester encore un peu sur mon mur de briques préferé, à me faire mal au cul en finissant une aile de poulet froid avec de la mayo. Regarder le monde qui ne vient pas de sombrer dans le chaos, juste de s'y enfoncer un peu plus profondément. Penser aux enfants de Ferriday. 

Et me remettre au boulot.  

24.04.2007

Workers of the world unite!

Cela dit, unis à ne rien foutre me conviendrait bien aussi.

 

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23.04.2007

La frontera

Il y avait une frontière à ne pas franchir. Ordinairement je les méprise, ces lignes imaginaires, mais celle-ci, ah celle-ci, elle avait le visage d'un père qui n'aurait pas été absent, d'un homme qui n'aurait jamais fait.

Mais. 

Avec ma Fluffy nous buvions du café au lait, en écoutant des chants mexicains qui me disaient "la frontera, la frontera..."
Je me refaisais les os, je me remplissais les joues, en me disant "la frontera, la frontera".

Les mois qui ont suivi, l'hiver est tombé et j'ai choisi de ne pas l'affronter. Je me suis enfermée en ignorant les petites flammes qui me léchaient doucement le cou, la nuque, les mains. Les bras qui voulaient me réchauffer.
Je me suis allongée nue sur le carrelage glacé, et j'ai attendu que ça passe.

Plus tard encore, j'ai entendu ces mots "la frontera, la frontera..." Je sais ce que je fais, dit alors celle qui était moi à l'époque.

Ma Fluffy je voudrais tellement, tellement être encore sur ces marches de pierre avec ton sourire et le mien dans un bol de café au lait fumant, tes doigts sur ma nuque. Peut-être que si c'était de ta bouche qu'étaient sortis ces mots "la frontera, la frontera", peut-être alors me serais-je inclinée devant cette ligne imaginaire avec humilité.  

 

16.04.2007

Malo

Un jour, quelqu'un du sud-est de la France m'a dit ceci : "Moi il faudrait qu'on me paye pour vivre dans le Nord".
Ca sortait du coeur.

J'ai pensé à lui hier, à Malo, et je me suis dit que mon album photo ne serait pas pour lui.

Photos de Malo les bains, hier après-midi:

Des rochers carrés alignés, un coup dans l'eau, un coup hors de l'eau.

Un couple sexagénaire qui sort de l'eau, tous les deux rouges comme des écrevisses, ils ne se précipitent pas sur leur serviette en grelottant. Ils marchent les 500 mètres jusqu'au sable sec, ruisselants dans le vent frais.

Deux adolescentes blondes à la peau très pâle, allongées sur le sable, face à face. L'une parle et pose son regard sur le sable, sur son amie, sur le sable, sur son amie. Son amie l'écoute en souriant. Leurs vélos, un rose et un blanc, en équilibre l'un contre l'autre. La plage se vide et elles sont toujours là.

De la marmaille en maillot de bain, les pieds rougis par le sable froid.

L'usine de Dunkerque qui plonge dans la flotte, là, tout près, à gauche. 

Des verres de bière à perte de vue sur des terrasses venteuses. 

Un camion de glaces, beignets, fricadelles.

Deux chars à voile qui tracent, un coup vers l'usine, un coup vers Bray-Dunes.

 

A 18h, je suis assise sur le rebord en béton, les pieds dans le sable, chaussettes, chaussures. Avec mon amour, on mange des frites pas chères. Là, je repense à ce quelqu'un du sud, sur sa plage. Il sirote un Pago tropical. Tout le monde boit des Pago sur la plage dans le sud. Ou bien des bouts de glaçons avec du sirop de violette dedans. Ce quelqu'un et ses amis boivent des Pago et ne se parlent pas, parce que pour parler là-bas, il faut crier. A cause des jet-ski, vous comprenez.

Moi je mange des frites pas assez cuites, avec du vinaigre dessus. Du "vinaigre d'alcool coloré". A Malo. Avec mon amour, j'écluse des bouteilles de Chouffe, version 75cl, en matant l'infini de la plage, l'infini de la mer, jusqu'à ce que les deux se confondent.  

13.04.2007

Canari Bay (ouh ouh)

J'ai parfois envie d'être sur une île où ne vivraient que mes plus chères amies et moi.
Juste un moment. 

Il y aurait

La brune suave au goût d'épice, qui passe sa langue entre ses lèvres, à rendre fou, à rendre folle, et qui ne le sait même pas. Celle dans les bras de qui je me blottissais très trôt le matin lorsqu'après quelques heures de sommeil sur un lit étroit, j'allais  respirer le parfum rassurant de son corps.

La brune aux yeux de chat et au sourire d'ogre. Celle qui un jour m'a sauvé la vie, mais oui. Elle riait de mes inavouables. Elle entrait chez moi couverte de neige, sa grand capuche de fourrure sur les yeux. 

La blonde, plus grave que toutes les brunes de la Terre. Elle ne minimise pas. Elle prend ce que je lui donne sans essayer d'en faire une boule de pâte à modeler, lisse et monochrome. Elle pose ses pieds sur des planches et joue  un drôle de monde, que je découvrirai bientôt.

La brune élastique, est-ce ma soeur? Non, mais pourquoi pas? Je nous vois un soir, face à face, les mots qu'elle prononce imprègnent tout mon corps, je me dis : "je me souviendrai toujours de ce moment".  Depuis c'est à chaque fois la même émotion. Elle est une douce évidence, un poème. 

L'amie la plus lointaine a les cheveux doux et châtain. Je n'arrive pas à parler d'elle. C'est trop dur. Trop tout. Et puis je la voudrais juste, ici, maintenant.


Mes amies sont magnifiques, belles juste d'être. 

05.04.2007

Brigitte à ma place

J'étais entrain de vous écrire une note passionnante sur mes dialogues avec les commerçants du quartier, quand je m'interrompis pour une raison que vous ne connaîtrez pas, bref, ma session expira (dans un râle déchirant)

Je vous offre donc à la place un savoureux extrait d'une nouvelle de Brigitte Fontaine, extrait de son recueil "Nouvelles de l'exil." Le personnage ici est une prostituée, Caroline.  

 

 "Elle craqua le jour où un type voulut lui manger un gateau de riz sur le sexe. Ca, elle ne pouvait pas l'encaisser. Du coup, elle traversa une crise, et le lendemain matin elle courut se confesser dans le première église venue. Elle eut un haut-le-corps en s'apercevant que le curé était justement le client amateur de gateau de riz. Sans hésiter elle le gifla, et il lui en retourna deux, elle le griffa, il la mordit, et cela dégénéra en pugilat public car il y avait quelques paroissiens qui priaient dans l'église. Ils en vinrent à rouler par terre et de fil en aiguille se retrouvèrent entrain de baiser, sans que les assistants pétrifiés pussent les en empêcher. A la fin, le curé se releva en s'exclamant : "alleluïa, je peux baiser sans gateau de riz, Dieu est grand." Immédiatement, il se convertit à l'Islam, ne voulut plus se séparer de sa petite Caroline qui de son côté était devenue follement amoureuse, ils partirent pour New-York qui est la ville la plus citadine du monde, puisque c'est l'amour de la ville qui les avait réunis, il devint épicier arabe et elle, marchande de quatre saisons montmartroise, et ils furent heureux, extrêmement heureux."

 

03.04.2007

Douleur exquise

 
  

 (Pardon à Sophie Calle d'avoir emprunté le titre de son livre)

SF

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Je vis sur Mars.

Ici comme ailleurs on bourre ma boite aux lettres d'invitation à toujours mieux.

Hier par exemple, j'ai reçu une énième invitation à m'installer sur Vénus.

Alors que tout le monde sait que les Vénusiens sont marsophobes.

J'ai aussi ramassé  des appels au retour sur Terre.

 

 

Moi je suis bien sur Mars.

Par ma fenêtre, au delà du sol martien, des reminiscences terriennes, nostalgiques et violentes. Un drôle de mélange des genres 

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